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Revue de presse

Dernières Nouvelles d'Alsace du 16 septembre 2015, Christian Wolff

Exosphérique !

Le concert de lancement du chœur Exosphère, donné samedi soir au Temple Neuf et dirigé par Jean-Philippe Billmann, promet de superbes lendemains.

L'idée de créer un ensemble vocal professionnela germé voici un an dans l'esprit du jeune chef de chœur et de l'organiste Gilles Oltz, par ailleurs président de l'association Les Sphères Vocales. Elle s'est concrétisée avec le recrutement de 16 chanteurs des quatre coins de l'hexagone et d'Allemagne - parmi lesquels les "regionaux" Laetitia Corcelle, Paul Chevalier ou Stephan Olry. Avec un baptême réussi, le mois dernier, dans le Sanctuaire de Rocamadour. Le nouveau bijou de la scène française a franchi une nouvelle étape, l'autre soir, en se présentant devant tout ce qui compte ou presque de la musique chorale alsacienne, dans une église qui débordait.

Pour les 80 ans d'Arvo Pärt

De manière prévisible, l'ensemble laisse de côté toute forme d'aspérité sur le plan technique.
La fixité d'un Arvo Pärt, son hypnotique caractère répétitif nécessitent une tension permanente, sous peine de sombrer dans le somnanbulisme. Billmann tient une interprétation saisissante au bout d'une vertigineuse gymnastique des bras, pétrit la pâte sonore, innerve et électrise la moindre émission sonore.
Cinq pièces de l'Estonien sont au programme – joli cadeau pour le 90e anniversaire du compositeur – au premier rang desquelles figure un De Profundis aussi caverneux que possible, chanté par les hommes.
Le pupitre des ténors, remarquable d'homogénéité et de présence, souffle généreusement dans les tuyaux d'orgue à anche et participe d'un crescendo pétrifiant.
Pour sceller les présentations, les femmes seules habitent à leur tour les Litanies à la Vierge Noire (Poulenc), dramatiquement marquées par le poids des silences. La prière finale bouleverse par sa profonde sincérité, et la plénitude du grain des altos.

Et Gilles Oltz s'est inscrit dans le ton de cette soirée "planante" en signant deux pièces sur l'orgue Merklin, une de Pärt reprenant le Da Pacem précédemment chanté, puis une Apparition de l'église éternelle de Messiaen dont la progression par accords vers le plein-jeu, sur pulsation du pédalier, écrase l'assistance.
Les deux œuvres finales, plus légères, font vibrer la corde chantante d'Exosphère : Northern Lights de Gjeilo, où le phrasé souple soutenu par des tenues extraordinairement longues, traverse la partition, qui tourne sur elle-même. Enfin Lux Aurumque de Whitacre, qui dessine la métaphore du probable futur parcours d'Exosphère. L'ensemble s'est élevé haut, très haut samedi soir.